Demain, demain – Laurent Maffre

Demain_demainLe 1er octobre 1962, Soraya et les petits (Ali et Samia) arrivent d’Algérie et retrouvent Kader – mari et papa – à Nanterre. Il fait partie de cette main d’oeuvre bon marché qui a reconstruit le pays pendant les 30 glorieuses ; et qui a immigré afin de gagner de l’argent et l’envoyer à sa famille restée au pays. Mais la joie des retrouvailles laisse vite place à une tristesse infinie puisque la vie en France n’est pas du tout comme ils se l’imaginaient en partant. Ils vont vire dans une baraque du bidonville de la Folie, 127 rue de la Garenne, sans eau ni électricité, comme environ 10 000 personnes. Soraya est désespérée, elle ne s’attendait pas à de telles conditions de vie ! Surtout que la brigade Z empêche les réfugiés de construire ou de rénover leur habitat…aucun confort n’est donc possible ; au risque que tout soit détruit lors d’une ronde de nuit.

Un soir de pluie, toute la baraque de la famille Safiri est inondée (« ici même les murs pleurent »). Soraya implore son mari de faire quelque chose, pour elle, pour leurs enfants, pour eux ! Décidé, il se rend à la préfecture et passe au delà de l’amabilité des fonctionnaires pour faire sa demande de relogement à la cité Doucet. Les semaines passent, toujours pas de réponse ; et la santé de Samia ne cesse de se dégrader. Alors Kader réunit toutes ses économies – 350 000 francs – et les offre à un inspecteur corrompu en échange d’un nouvel habitat. Quinze jours plus tard, en 1966, a lieu leur déménagement à la cité des Gennevilliers.

Ces planches de BD sont suivies par un court documentaire alimenté par les archives de Monique Hervo ; une femme engagée au sein du Service Civil International qui a soutenu tous ces travailleurs immigrés vivant dans des conditions déplorables en s’installant dans le bidonville, en apportant un soutien scolaire aux enfants… Ses archives sonores ont également permis à Fabrice Osinski de réalisé un webdocumentaire pour Arte. Cliquez ici pour le découvrir.

Mon avis : J’ai d’abord eu très peur de lire une BD pleine de clichés sur les familles maghrébines ; ou débordant de pathos. Mais il n’est est rien dans ce récit très documenté qui permet au lecteur de suivre le quotidien de la famille Safiri pendant 4 ans ; du bidonville au relogement. Nostalgie du pays (« Chaque fois que je marche dans la rue j’ai le pays devant les yeux »), difficultés de ravitaillement (« Il faut économiser l’eau comme si c’était de l’argent »), moquerie des enfants à l’école (« Ceux des HLM contre les autres ; les chaussures propres contre les chaussures sales ») et descentes de police (« Chut ! Ils sont là, on s’arrête, je ne veux pas prendre le risque qu’ils détruisent tout ») noircissent le tableau ; mais c’est dans ces situations que les mots solidarité, convivialité et amitié prennent tout leur sens. Enfin, la sobriété des dessins en noir et blanc (sans délimitation des cases), le choix d’alterner récit présent et retour dans le passé, ainsi que le fait de se faire succéder planches de BD traditionnelles et double page d’illustrations légendées sont autant d’originalités qui donnent du poids à ce témoignage, à cet hommage. (Ma note : 16/20)

(Cf. à La BD fait son festival)

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4 réflexions sur “Demain, demain – Laurent Maffre

  1. La BD a l’air très intéressante. En plus, tu sembles l’avoir dévorée. Elle a l’air touchante et simple. J’irai voir, ces jours, si mon CDI l’a reçue.

  2. Oh mais tu crois qu’ils l’ont acheté à ton CDI ? Ou bien qu’ils se sont inscrits à « la Bd fait son festival » ? Bonne reprise pour demain si pour toi aussi les vacances se terminent.

  3. C’est vrai qu’au moins c’est un sujet qu’on n’a pas l’habitude de voir en BD, et ça peut le rendre plus abordable qu’en livre : Une bonne idée !

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